Architecture in the Age of Stalin

Jean-Louis Cohen
NYU


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Reviews by:

S. Frederick Starr
(Johns Hopkins)

Susan Buck-Morss
(Cornell)

Boris Groys
(HfG)

John Bowlt
(USC)

Jean-Luis Cohen
(NYU)

J'avais entendu parler du travail de Vladimir Paperny à Moscou, si je me souviens bien au travers des contacts que j'avais depuis 1973 dans les divers instituts de recherche - Institut de théorie de l'architecture, Institut d'histoire des arts et Institut du design, notamment par Vitia Zenkov, que j'avais rencontré en 1993 par l'intermédiaire de Naum Kleiman, directeur de l'appartement-musée Serguéi Eisenstein et par Alexandre Riabouchtchine, sous l'autorité de qui Paperny était placé. Je m'intéressais alors à l'architecture de l'URSS contemporaine et me préparais à me concentrer des travaux plus historiques, sans doute pour échapper au scepticisme qui me saisissait devant la scène urbaine brejnévienne.

Je travaillais autant à l'architecture de l'avant-garde qu'à l'architecture du réalisme "socialiste" et je passai à l'acte en rapprochant les deux avec l'exposition L'Espace urbain en URSS, organisée par le Centre Georges Pompidou en 1978, un an avant la grande exposition Paris-Moscou, puis avec le livre URSS 1917-1978, l'architecture, la ville, que je publiai en 1979 avec Marco De Michelis et Manfredo Tafuri, en rédigeant un essai sur "la forme urbaine de la ville stalinienne".

Les problèmes de la continuité et de la discontinuité étaient donc posés lorsque je finis, peu après sa publication à Ann Arbor, par trouver Kultura Dva dans la petite librairie de l'immigration russe située à côté de la place Maubert, dans le quartier Latin de Paris. Je fus tout d'abord saisi par l'exigence de rigueur dans la recherche à laquelle ne s'était plié ni mon mentor Anatole Kopp, assez approximatif dans son rapport avec les archives, ni les chercheurs de l'Institut d'histoire de l'architecture de Venise, fins théoriciens, mais qui ne lisaient le russe que dans des traductions rudimentaires... Paperny n'avait pas non plus le parti pris anti-moderne de mon ami aujourd'hui disparu Christian Borngräber, qui était le premier historien sérieux de l'architecture du socialisme "réaliste", et dont le goût un peu exagéré pour le dorique d'Ivan Fomine me laissait rêveur.

Sur le fond, essayant de retrouver mes réactions de l'époque, je persiste à penser que les mérites de Kultura dva sont multiples. Le premier aura été de réintégrer le réalisme "socialiste" dans une vision historique d'ensemble sans le diaboliser ou lui prêter les vertus dont les post-modernes l'avaient hâtivement paré, en regardant effectivement les édifices. Le deuxième mérite aura été de cesser de mythifier le constructivisme et d'en étudier concrètement les mécanismes intellectuels et esthétiques. Ce n'est qu'ainsi que la matrice des similitudes et des divergences pouvait être construite. Au total, la problématique wölfflinienne fondant l'interprétation de Paperny permettait d'évaluer et de comprendre le sens des deux systèmes idéologiques et architecturaux aussi staliniens le premier que le second.

Sans doute la situation a-t-elle profondément changé à Moscou et à l'ouest depuis vingt-cinq ans, tant en termes de théorisation qu'en termes d'accès aux sources et notamment aux archives. Les enquêtes sur les fonds du Parti et de l'État, comme celle d'Hugh Hudson, Jr., ont permis de comprendre les dispositifs de contrôle politico-policiers de la profession. Les travaux en cours de Danilo Udovicki ou Elisabeth Essaïan, le livre de Josette Bouvard sur le Metrostroï et bien d'autres forment un nouveau paysage scientifique. Il n'en reste pas moins que les polarités identifiées dans Kultura dva continuent à permettre la compréhension de trois décennies dans lesquels l'investissement politique de l'architecture aura été d'une rare intensité.